Le langage est riche : ces femmes manient à merveille les bons mots et les non-dits pesants, mais n'hésitent pas à balancer à la figure de leurs ennemis les jurons les plus grossiers. Les citations de Mao et toutes celles hérités de la Révolution culturelle ponctuent le récit et nous plongent dans le souvenir d'une époque révolue dans lequel l'esprit révolutionnaire flottait sur les campagnes et les villes de toute la Chine et ou il était de bon ton de proclamer à tout va les slogans du parti.

Extrait

- Wang Yuyang ? Quelle Wang Yuyang ? demendait-on partout.

Les membres de la commune populaire avaient dû se creuser les méninges pour faire le rapprochement avec une des sept filles de Wang Lianfang, car seules Yumi et Yuxiu avaient laissé une trace dans les mémoires et elles avaient quitté le village le village depuis longtemps. Les anciens se souvenaient : sa famille n'avait pas toujours été dans l'ombre et le sept filles avaient alors chacune leur personnalité. Wang Lianfang n'était pas non plus à cette époque l'ivrogne qu'il était devenu. Il était le secrétairedu parti du village dont la voix puissante résonnait dans le haut parleur pour proclamer fièrement : « Nous le parti communiste ... » ou « La section du parti du parti communiste du village des Wang ... » comme s'il mangeait des couilles de taureau à tous les repas. En l'entendant, on aurait pu croire, non qu'il était le petit paysan qui n'avait jamais quitté son village, mais bien le héros qui avait parcouru mille lieues sous la mitraille, vaincu tous les obstacles, traversé les steppes et les montagnes enneigées et franchi le Yangzi Jiang et le Fleuve Jaune avant de rentrer au pays.

Pour aller plus loin


Trois soeurs, écrit par BI Feiyu, traduit par Claude Payen et publié chez Philippe Picquier Commandez Trois soeurs de Bi feiyu sur Amazon (aussi disponible en poche)