Kim Vân Kiêu - Nguyên Du
Par Nicolas le lundi, 12 novembre 2007, 07:50 - Littérature vietnamienne - Lien permanent
Il y a des livres qui vous donnent des frissons, ou emplissent les cœurs de tristesse. Kim Vân Kiêu, le poème en 3254 vers ne rentre pas dans ces deux catégories, mais incontestablement, il est d'une beauté que je n'avais jamais connu jusqu'alors. Je ne vous parlerai pas de l'aspect technique de la versification, d'autres le feront tellement mieux que moi. Non je ne vous parlerai que de mon expérience de simple lecteur.
Si je devais résumer en quelques mots Kim Vân Kiêu - ce qui entre nous n'est pas une tâche aisée - je dirai que c'est l'histoire de Kiêu, une jeune fille belle et intelligente qui cherche l'amour mais qui devra subir les malheurs que lui afflige son destin.
Le mieux pour parler de Kim Vân Kiêu c'est encore de vous en écrire un extrait :
Kiêu rentra derrière les rideaux fleuris. C'était déjà l'heure où le soleil se retirait derrière les montagnes, où les gongs sonnaient la retraite du jour. Un mince croissant de lune, posé en travers du ciel, jetait, par la fenètre, son oblique regard. L'or semait ses paillettes sur l'onde ridée, les arbres enchâssaient leurs ombres dans la cour. Un camélia, près du mur de l'Est penchait sa flexible ramure. Sous l'amas des lourdes gouttes de rosée, les branches printanières ployaient jusqu'au sol.
Seule, dans le silence de la nuit, elle contemplait la lune. Emotions proches, inquiétudes lointaines troublaient son coeur. « Quelle misérable fin pour une créature humaine ! Une vie consacrée aux vanités du monde est bien une vie perdue. Et vous, pourquoi vous ai-je rencontré ? Existe-t-il entre nous quelque lien prédestiné devant nous unir pour la vie ? » Mille pensées s'enchevêtraient dans son âme, lui inspirant un merveilleux poème de tendre lyrisme.
Oblique, la lumière de la lune traversait les stores. Assise contre la ballustrade, toute seule, elle s'assoupit. Soudain lui apparut une jeune beauté, avec un air de bienséance, avec un air de candide pureté : visage imprégné de rosée, corps pétri de neige, pieds de lotus d'or effleurant la terre, comme proches et comme lointains.
En général je me pose des questions sur la traduction ou sur ma capacité à comprendre certaines œuvres. Mais ce poème du 18e siècle, quels sont les obstacles qui empêcherait d'apprécier sa beauté ?
Maintenant, à vous de vous faire votre propre opinion !
Kim Vân Kiêu, écrit par Nguyên Du, traduit par Xuân Phuc et Xuân Viêt, publié par Gallimard
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