Qu'est ce qui conduira Siang-tse à la fin de sa vie d'être affublé du surnom de « Siang-tse le chameau » ? Tout était bien parti pour lui, il appartenait à la plus noble catégorie des tireurs de pousse « Ceux qui sont jeunes et forts et qui ont des jambes lestes ». Tout aurait pu lui sourire, il aurait pu en économisant s'acheter un pousse, voire deux et se mettre à son compte. Malheureusement les choses ne se passeront pas ainsi. La faute au destin ? À une époque ? Ou aux mauvais coups des autres ?

Mais attention, le pousse pousse n'est pas un récit larmoyant où le héros accablé par le sort se lance dans des réquisitoires vains contre le monde dans lequel il vit. Non. On est en face d'un récit plein de vitalité, éloge du petit peuple du Pékin des années 20-30. Le patron du garage, aussi riche et puissant qu'il n'est capricieux et exécrable, sa fille (la bien-nommée tigresse) redoutée de tous les tireurs et encore bien d'autres, tous sont finement capturés par la plume de Lao She qui puise dans les rues fourmillantes de Pékin une source inépuisable d'histoire d'hommes et de femmes qui tentent de rester debout.

Extrait

Il nous faut cependant revenir en arrière. A l'époque ou il était encore obligé de louer un pousse, il avait l'impression d'être un diabolo qu'on faisait tournoyer en tous sens. Mais dans ce tourbillon, il ne perdait pas pied. Il avait toujours en vue ce véhicule qui lui apporterait la liberté et l'indépendance et lui serait aussi cher que ses propres membres. Avec un tel engin, il n'aurait plus besoin de courber l'échine devant les loueurs. Il lui suffirait chaque jour d'un peu d'énergie pour s'assurer son bol de riz. Il ne craignait nullement de travailler dur et n'avait pas les mauvaises habitudes des autres tireurs. Son intelligence et son application lui permettaient de réussir. S'il avait eu, au départ, de meilleures conditions de vie, il n'eut pas été amené à exercer ce métier qu'on qualifiait de « cercle de caoutchouc ». Malheureusement il n'avait pas le choix. Mais qu'à cela ne tienne ! Là aussi, il réussirait à force de travail et d'astuce. Même en enfer il serait un bon diable.

Pour aller plus loin

Le pousse pousse, par LAO She, traduit par François et Anne Cheng, publié chez Philippe Picquier

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