MIURA Ayako nous raconte l'histoire de Nobuo Nagano, de sa plus tendre enfance jusqu'à l'âge adulte, elle nous retrace la vie de ce personnage attachant et extraordinaire. Issu d'une famille de samouraïs et élevé dans le respect de la tradition par sa grand mère, les aléas de la vie lui feront prendre un tout autre chemin : le christianisme. Un parcours initiatique semé d'embuches, car sous l'ère Meiji, les chrétiens doivent supporter les railleries au quotidien.

Le style est vraiment simple, et les quelques notes de lectures permettent de placer ce livre entre toutes les mains. Par rapport aux œuvres de Shûsaku Endô, ce roman de MIURA Ayako propose d'aborder le christianisme au Japon sous un angle différent. Alors que Shûsaku Endô a concentré son œuvre sur le christianisme durant les persécutions, Miura Ayako, elle, s'attache à parler de la période qui lui succède, période durant laquelle le christianisme est toléré, mais très mal vu par le peuple japonais. Après les 319 pages que compte le livre, le simple aspect du Christianisme au Japon est dépassé et c'est un message universel que cette histoire semble vouloir nous délivrer.

Extrait :

Il continue la lecture. Les versets 33 et suivants l'interpellent, le font sursauter au point qu'il brule de désir de les mémoriser : « Vous avez entendu qu'il a été dit : "Œil pour œil, dent pour dent." Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends lui encore l'autre; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau. » Quand il était petit, il a souvent entendu sa grand mère Tose lui dire : « Nobuo, tu es un homme, si quelqu'un te donne un coup, tu dois lui en rendre six. En n'agissant pas ainsi, tu n'es pas réellement un homme. » Il réalise que l'attitude de Tose était exactement à l'opposé de l'enseignement de Jésus.

Nobuo, surpris, se demande : « Est-ce plus viril de rendre une gifle ou de ne pas la rendre ? » Puis il ferme les yeux et imagine se trouver dans cette situation : quelqu'un me frappe à la joue, je lui rends la pareille, ou bien je lui souris et lui tends l'autre joue ? Dans quel camp j'aimerais me placer ? Il est presque sûr que l'éducation que lui à donnée sa grand mère n'a aujourd'hui qu'une influence très relative. « Rendre ou non une gifle, donner son manteau ou ne pas le donner, est-ce des réactions que l'on doit considérer comme bonnes ou mauvaises ? » Nobuo sent dans l'enseignement de Jésus quelque chose de plus profond qu'il n'arrive pas à s'expliquer. Il est forcé d'accepter que le chemin de la pensée biblique se trouve loin du chemin qu'il a parcouru jusqu'à présent. Il poursuit, et lit lentement la suite : « Vous avez entendu qu'il a été dit : "Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi." Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs... »

Cet enseignement est complètement incompatible avec la mentalité japonaise. Les Japonais aiment les histoires de vengeance. Nobuo se souvient de ces quarante-sept samouraïs appelés [1]rônin qui devaient absolument venger leur seigneur Ako. Il se demande comment ils auraient agi s'ils avaient voulu suivre l'enseignement évangélique. Asano Takuminokami n'aurait pas été vengé si Kira n'avait pas été décapité. Dans le cas où ils auraient pardonner à Kira Kozukenosuke, en lui montrant leur amour et priant pour lui, le public, lui, n'aurait jamais pardonné à ces rônin. Dans le monde des samouraïs, se venger était considéré comme un acte honorable.

Presque 40 après sa première publication au Japon, Au col du Mont Shiokari connaîtra peut être le même succès en France, c'est tout ce qu'on peut lui souhaiter.

Au col du Mont Shiokari, par MIURA Ayako, traduit par Marie-Renée Noir, édité chez Philippe Picquier.

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Notes

[1] Les 47 rônin sont un groupe de samouraï qui, par fidélité pour leur maitre mort injustement, le vengèrent avant de se donner la mort.