Temujin, qui deviendra plus tard le redouté Gengis Khan, est né en 1162 au coeur des steppes mongoles. La vie à l'époque est très difficile et les guerres tribales se succèdent. Le père de Temujin est le chef d'un campement d'une centaine de tentes qui désire étendre son territoire d'influence tout en faisant face aux attaques de redoutables ennemis.

Le livre raconte le parcours de Temujin, de ses premiers pas à son dernier souffle. Inoue Yasushi s'est inspiré de L'histoire secrète des mongols [1] pour écrire ce roman. L'auteur ne se cantonne pas à une vision historique d'une personnage en retracant ses grands faits d'armes, mais il va plus loin en s'intéressant à l'homme en proie à ses doutes et ses interrogations.

Pour Inoue le doute qui plane sur les origines de Gengis Khan serait la racine de sa volonté de conquérir le monde. Sa mère ayant été violée par une tribu voisine, Gengis Khan se pose des questions sur son appartenance au peuple Mongol, le seul moyen de dépasser ce doute est de s'affirmer par la guerre en prouvant qu'il est le digne descendant de sa lignée. Bien sur cela n'explique pas tout. Son père a fait grandir un sentiment de vengeance envers les tribus et les peuples qui ont massacrés les mongols. Il y a aussi la volonté d'unifier toutes les tribus nomades des hauts plateaux et d'améliorer ainsi leurs conditions de vie.

Au final et malgré la cruauté du personnage comment ne pas être séduit ? Gengis Khan fait preuve d'un talent et d'un courage inimaginable pour mener à bien son projet.

Extrait :

Une fois sa décision prise, Temüjin, en compagnie de son frère Belgüteï, se mit en route pour le campement Onggirat. Pendant plusieurs jours, ils longèrent vers l'aval le cours du fleuve Kerülen. Le paysage qui se déployait devant leurs yeux n'était pas nouveau pour Temüjin. Mais Belgüteï, lui, devant les hauts plateaux, les forêts, les gorges, les prairies, allait de découverte en découverte. Et un soir qu'ils bivouaquaient, saisi d'une excitation inhabituelle – car il était très taciturne -, il ne cessa de bavarder : il s'étonnait de ce que la terre soit si vaste, trouvait curieux de ne voir aucun signe d'habitation dans ces régions, se demandait ce qui empêchait les populations nomades de couvrir l'ensemble de ce territoire de campement innombrables... Temüjin, en silence, écoutait comme une agréable musique ce flot de paroles, si inattendu de la part de son demi frère. Belgüteï avait parfaitement raison. Temüjin songea à l'immensité des hauts plateaux mongols, qu'ils parcouraient à cheval depuis des jours et des jours. Ils regorgeaient de riches pâturages encore inexploités. Et de prairies propices à l'installation d'un campement, de lacs et de rivières sur les berges desquels il ferait bon vivre. Pourquoi donc personne n'y avait il jamais dressé sa tente ? Pour Temüjin, il n'y avait qu'une seule raison à cela : il fallait à cause des luttes qui opposaient les diverses tribus nomades, maintenir entre leurs campements une distance de plusieurs jours de chevauchée. Le périmètre dans lequel évoluait chacune d'elles était tacitement fixé comme s'il avait été délimité par les dieux. La tribu ne songeait pas à en sortir, et si elle le faisait, envahissant ainsi la zone neutre entre deux campements, cela provoquait immédiatement une attaque du peuple rival, qui se sentait menacé par cet empiètement.

Inoue Yasushi

Fils d'un chirurgien militaire souvent muté, il sera pendant un temps élevé par la maîtresse de son arrière grand-père ,une ancienne geisha (芸者),qu'il appelait grand-mère-alors qu'elle était étrangère à la famille Inoué. Il est un assidu pratiquant du judô (柔道) (ceinture noire). Il écrit des poèmes dès 1929. Après des études en philosophie à Kyōto et une thèse sur Paul Valéry, il se lance dans la littérature (il écrit des poèmes et des nouvelles dans des magazines) puis dans le journalisme, carrière entrecoupée par le service militaire (1937-1938). Il se fait connaître grâce à une nouvelle récompensée par un prix important (Prix Akutagawa, 芥川賞) en 1949 : Combats de taureaux (闘牛, Tōgyū). Il se met ensuite à publier un grand nombre de romans et de nouvelles dont les thèmes de la plupart sont historiques et minutieusement documentés comme la Tuile de Tenpyō (天平の甍, 1957) ou le Maître de thé (本覚坊遺文, 1991). Il est élu en 1964 à l’Académie des Arts et il préside l’Association littéraire japonaise de 1969 à 1972. Il reçoit l’Ordre National du Mérite en 1976. Il sera également élu vice-président du PEN Club International en 1984. Certaines de ses œuvres ont été adaptées au cinéma. Furin kazan (風林火山, en 1953) est adapté par Hiroshi Inagaki (稲垣浩) et filmé par Akira Kurosawa (黒澤明). Asunarô (あすなろ物語) est adapté en 1955 par Akira Kurosawa et filmé par Hiromichi Horikawa. Honkakubō Ibun (Le Maître de thé, 1991) inspira Kei Kumai (熊井啓) pour son film Sen no Rikyu - honkakubō ibun (千利休 本覚坊遺文) en 1989 qui obtint un Lion d'argent au Festival du film de Venise.

Source : wikipedia

Pour aller plus loin

Notes

[1] L'histoire secrète des mongols est un récit mongol composé en 1240, et, qui a été traduit en 1949 par Paul Pelliot