J’aime beaucoup ce passage, j’ai l’impression qu’il révèle un point vraiment important de l’œuvre de Shûsaku ENDÔ :

Et trempant la bouchée, il la prit et la donna à Judas, fils de Simon L’Iscariote. (…) Il se tourna vers lui et lui dit : « Ce que tu as à faire, fais-le vite ! »

« Fais ce que tu as à faire » se réfère bien entendu à l’acte que Judas va commettre, trahir et vendre Jésus. Pourquoi le christ n’essaye-t-il pas de le retenir ? S’agit-il là d’un rejet pur et simple du traître ? Le père Inoué m’explique que ces paroles témoignent de l’aspect humain du Christ. Il aime Judas mais, assis à la même table que lui, il ne peut se défendre d’un sentiment de dégoût à son égard. Cela ressemble au mélange de haine et d’amour que nous éprouvons pour une femme qui nous a trompés mais qu’au fond, nous aimons encore. Mais moi, j’ai une autre idée sur la question.

« Non, il ne s’ait pas d’un ordre que donne le Christ à Judas. Peut-être que la traduction s’est peu à peu écartée du texte original… De toute façon, tu vas faire ce que tu as à faire. Personne n’y peut rien, alors fais-le. C’est justement pour cela qu’il y a la croix, c’est justement pour cela que je la porterai. N’est ce pas le véritable sens de ces paroles ? Le christ est conscient du karma inflexible auquel sont soumis les hommes. »

Du même auteur :