Douleurs exquises - Shûsaku ENDÔ
Par Nicolas le samedi, 13 janvier 2007, 13:55 - Littérature japonaise - Lien permanent
La maladie, la guerre et les martyrs chrétiens se glissent en toile de fond des 10 nouvelles de Douleurs exquises. Même si ce n’est pas mon livre préféré de Shûsaku ENDÔ, je le trouve malgré tout intéressant. Entre Egi, un jeune homme dont la peur de la souffrance physique dicte sa conduite, Konishi, un quinquagénaire qui se remémore les souffrances endurées pendant la guerre, ou bien encore le récit d’un homme à la recherche des kakuré, les histoires témoignent toutes du malaise qui habite les personnages.
J’aime beaucoup ce passage, j’ai l’impression qu’il révèle un point vraiment important de l’œuvre de Shûsaku ENDÔ :
Et trempant la bouchée, il la prit et la donna à Judas, fils de Simon L’Iscariote. (…) Il se tourna vers lui et lui dit : « Ce que tu as à faire, fais-le vite ! »
« Fais ce que tu as à faire » se réfère bien entendu à l’acte que Judas va commettre, trahir et vendre Jésus. Pourquoi le christ n’essaye-t-il pas de le retenir ? S’agit-il là d’un rejet pur et simple du traître ? Le père Inoué m’explique que ces paroles témoignent de l’aspect humain du Christ. Il aime Judas mais, assis à la même table que lui, il ne peut se défendre d’un sentiment de dégoût à son égard. Cela ressemble au mélange de haine et d’amour que nous éprouvons pour une femme qui nous a trompés mais qu’au fond, nous aimons encore. Mais moi, j’ai une autre idée sur la question.
« Non, il ne s’ait pas d’un ordre que donne le Christ à Judas. Peut-être que la traduction s’est peu à peu écartée du texte original… De toute façon, tu vas faire ce que tu as à faire. Personne n’y peut rien, alors fais-le. C’est justement pour cela qu’il y a la croix, c’est justement pour cela que je la porterai. N’est ce pas le véritable sens de ces paroles ? Le christ est conscient du karma inflexible auquel sont soumis les hommes. »
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